vendredi 18 janvier 2008

Subprimes britanniques :5,5 millions de ménages en difficulté

Plus de 5,5 millions de ménages vont avoir du mal à rembourser leur crédit immobilier.

«J’ai 70 ans et je pense au suicide : je ne veux pas laisser mes enfants grevés de dettes. Si je meurs, ma famille est-elle responsable de mes dettes ?» De telles questions, Myvesta en reçoit par dizaines. «J’ai répondu à deux appels du même genre la semaine dernière», assure le président de cette association d’aide aux surendettés. Poussé en 1990 à la faillite, Steve Rhode n’ignore rien de cette détresse : «Noël est toujours une période difficile, l’achat de cadeaux précipite l’insolvabilité. Cette année s’y ajoute la crise du crédit...» Parti des États-Unis, le crédit « crunch » pourrait jeter dans l’enfer du surendettement un tiers des souscripteurs de prêt immobilier. Soit 5,5 millions de Britanniques !
Cabinet d’étude des comportements de consommation, Mintel a fait le calcul. Sur 16,5 millions de détenteurs d’emprunts, 1,5 million fait partie de la désormais célèbre catégorie «subprime», c’est-à-dire à très haut risque pour les créanciers. Mais il s’agit de la partie émergée de l’iceberg, s’alerte Toby Clark, analyste de Mintel : «Avec des prêteurs devenant de plus en plus prudents, beaucoup d’emprunteurs se verront proposer des conditions moins avantageuses au moment de renégocier leur prêt.» Divorcés, veufs ou travailleurs indépendants endettés à taux variables, ces victimes indirectes seront incapables d’affronter une hausse de leurs traites. Ils sont 4 millions. PriceWaterhouseCooper estime qu’un quart d’entre eux devrait payer 195 euros de plus par mois en moyenne. Quand facture énergétique, impôts locaux et frais de scolarité augmentent de conserve, ce surplus peut faire basculer un destin. Dans un premier temps, les surendettés sollicitent leurs cartes de crédit – certaines permettent de ne rembourser en fin de mois que 2 % des sommes empruntées… avec des intérêts de 15 %. Mais après ?

45000 saisies
Ces derniers mois, les statistiques traduisaient pourtant une amélioration. Au troisième trimestre, le nombre de maisons saisies a diminué de 1% (à 23800). Même tassement pour les cas d’insolvabilité ou de faillites personnelles. Mais il ne s’agissait que d’un répit tant les spécialistes s’attendent au pire pour 2008. Signe avant-coureur, le site uSwitch estime que 12 % des emprunteurs ont été confrontés à au moins un défaut de paiement ces six derniers mois. Or, ce manquement suffit à classer une situation financière comme «non conventionnelle», un qualificatif synonyme de conditions de crédit plus dures. Au quatrième trimestre 2008, le Council of Mortgage Lenders s’attend à 45 000 saisies. Ces expropriations, suivies par des ventes bradées, pourraient déstabiliser le marché immobilier. Sans parler des banques : les crédits à risque représenteraient 173 milliards d’euros, 15 milliards de plus qu’en 2006. La Banque d’Angleterre a signalé hier que, sur un an, le nombre de nouveaux crédits accordés s’était rétracté de 31%. Un recul qui, selon le gouverneur Mervyn King, laisse présager un ralentissement de la croissance.

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